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Pourrions-nous faire preuve de plus de détermination pour concrétiser la « Vision 2020 » de la CEDEAO d’ici 2030 ?

24 octobre 2025

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Le mantra « la CEDEAO des peuples » est devenu populaire avec l’adoption de la Vision 2020 de la CEDEAO, en juin 2008. Depuis, de nombreux citoyens restent sceptiques quant au programme axé sur les populations que cette vision défend. Beaucoup d’acteurs de la société civile connaissent mal l’histoire, les politiques et les institutions de la CEDEAO. Dans son traité révisé de 1993, la CEDEAO a appelé la communauté régionale à coopérer avec les organisations régionales de la société civile (OSC) et à encourager une large participation des citoyens au processus d’intégration. Cela a marqué un changement important dans la structure et la nature de la coopération ouest-africaine : le passage à un programme davantage « centré sur les populations », après une approche du passé « excessivement centrée sur les États ». Hélas, les populations d’Afrique de l’Ouest ne ressentent pas encore pleinement les retombées de cette vision. Par exemple, des conversations informelles avec des entrepreneurs et des personnes qui voyagent dans la région mettent clairement en lumière les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises locales et par les citoyens de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) lorsqu’ils se rendent dans les autres pays de la région.

La CEDEAO des peuples ?

Les industriels locaux font état de difficultés bien documentées et se heurtent à une forte résistance aux points d’entrée terrestres, aériens et maritimes : les autorités de ces pays ne les laissent pas exporter leurs produits fabriqués localement, même lorsque ceux-ci sont conformes aux normes internationales. Ce sont là les récits tristes, parfois anecdotiques, de nombreuses entreprises et de nombreux citoyens. En outre, le grand nombre de postes de contrôle sur les principales routes de certains États membres de la CEDEAO constitue un obstacle majeur à la promotion du libre-échange et de l’intégration régionale. Il est ahurissant qu’une telle pratique perdure dans la région après 45 ans d’intégration régionale et de relations diplomatiques.

Les difficultés du projet d’intégration régionale ont été rappelées plus récemment, en octobre 2019, lorsque le Nigeria a fermé ses frontières à la circulation des marchandises. Cette mesure, destinée à lutter contre la contrebande, a fait grimper les prix et menacé le libre-échange dans toute la région. Elle contrevient au protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des biens, des services et des personnes. Le Nigeria est membre de la CEDEAO et y exerce une influence politique et économique considérable.

Tous ces exemples montrent clairement que la Vision 2020 de la CEDEAO, qui vise à faciliter le passage d’une « CEDEAO des États » à une « CEDEAO des peuples », se heurte à de sérieux obstacles. Cette vision a été adoptée pour que les citoyens puissent profiter des avantages d’une région sans frontières, prospère et cohésive. Pourtant, il est manifeste que ce programme — une CEDEAO des peuples — ne sera pas réalisé d’ici la fin de 2020.

Le rôle de la société civile et des médias

Il apparaît donc de plus en plus clairement qu’il est essentiel et urgent d’approfondir la participation de la société civile au sens large et la collaboration multisectorielle au processus d’intégration régionale. Cela renforce l’idée largement partagée que la société civile organisée, dont de nombreux membres ont gagné la confiance de la population, doit jouer un rôle crucial pour informer les électeurs et mettre leurs préoccupations au premier plan de l’élaboration des politiques régionales. Le traité révisé de la CEDEAO de 1993 appelait à une large participation des OSC et de l’ensemble des citoyens au processus d’intégration.

Les acteurs s’accordent clairement sur le fait que, pour réussir, ce projet doit évoluer d’une approche centrée sur les États vers une approche centrée sur les populations, dans laquelle la société civile joue un rôle clé.

Toutefois, le rôle des organisations de la société civile (OSC) dans l’intégration régionale demeure négligeable. Cela s’explique en grande partie par le manque d’information et de capacités nécessaires pour participer. Lorsque des échanges ont eu lieu, ils ont été perçus comme hostiles et conflictuels. Peu d’OSC dialoguent avec la « communauté régionale », d’où un net décalage entre les acteurs de la communauté et le travail de la CEDEAO.

Ce décalage peut être comblé grâce à des mécanismes multipartites visant à :

  • Sensibiliser la société civile à son rôle dans les processus d’intégration régionale ;
  • Établir des voies d’accès entre la CEDEAO et ses citoyens ;
  • Renforcer la capacité opérationnelle des OSC à formuler des politiques d’intégration régionale et à influer sur celles-ci ;
  • Diffuser auprès des OSC les connaissances nécessaires sur l’histoire et les politiques de la CEDEAO ;
  • Déterminer les domaines où la société civile dispose d’un avantage comparatif dans les initiatives d’intégration régionale, en son sein et dans ses relations avec la CEDEAO ; et
  • Soutenir la mise en réseau et la collaboration entre la société civile, les décideurs politiques et le secteur privé sur les questions d’intégration régionale.

Il est encourageant de constater que les OSC jouent un rôle de plus en plus visible, bien qu’encore insuffisant, en dialoguant directement avec la CEDEAO sur un ensemble varié de questions politiques. Celles-ci comprennent notamment la participation citoyenne, la gouvernance, l’alerte précoce, la prolifération des armes légères, l’égalité des sexes, l’observation électorale, le VIH/sida, les droits des femmes, la dette, le commerce, les droits humains et la culture de l’impunité. Cet espace de dialogue autonome et direct entre la société civile et la CEDEAO est essentiel pour renforcer la capacité de la société civile à contribuer de manière significative au programme de la CEDEAO, centré sur les populations et, de préférence, porté par elles.

La voie à suivre

Cette évolution offre aux groupements de citoyens la possibilité d’agir concrètement pour rapprocher la CEDEAO de la population. La société civile devrait mettre cette occasion à profit pour :

  • Diffuser largement des informations sur la CEDEAO et les adapter à différents publics, notamment aux médias, au milieu universitaire, aux parlements et aux écoles. La société civile a la responsabilité de faire connaître au maximum la vision d’une CEDEAO des peuples.
  • Mieux coordonner les échanges autonomes avec les réunions des ministres de la CEDEAO et des chefs d’État, et redoubler d’efforts pour transmettre les conclusions et recommandations de la société civile aux représentants des gouvernements. Cela favorisera une CEDEAO axée sur les populations, renforcera l’efficacité du plaidoyer de la société civile et contribuera à instaurer un véritable dialogue entre les citoyens et les dirigeants d’Afrique de l’Ouest.
  • Mobiliser des ressources et des soutiens pour renforcer la collaboration entre les unités nationales de la CEDEAO et la société civile. Cela faciliterait l’accès des citoyens ouest-africains aux institutions de la CEDEAO et permettrait de diffuser aussi largement que possible les informations sur ses processus.

En tant que militant pour la justice sociale, je constate que la promotion d’une intégration régionale centrée sur les populations dépend de la qualité de la collaboration entre la société civile, les gouvernements et le secteur privé. Repenser la coordination entre ces trois secteurs donnerait à la région de meilleures chances d’atteindre les idéaux de la Vision 2020 en 2030.

L’auteur, Charles Kojo Vandyck, dirige l’unité de développement des capacités de l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest.

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