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[Gabon] AfricTivistes exprime sa vive préoccupation suite à la suspension des réseaux sociaux !

21 février 2026

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Le 17 février, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a annoncé la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais. Pour justifier cette décision, la HAC affirme que certaines plateformes numériques auraient été détournées de leur vocation initiale par des activistes, qui les utiliseraient pour porter atteinte à l’honneur et à la réputation d’institutions publiques, de citoyens gabonais et de personnalités publiques.

Présentée par les autorités comme une mesure de régulation, cette restriction d’accès aurait pour objectif de limiter la propagation de fausses informations, de lutter contre le cyberharcèlement et de prévenir la diffusion non autorisée de données personnelles.

En pratique, cette suspension touche particulièrement les utilisateurs des plateformes du groupe Meta: notamment Facebook, Instagram et WhatsApp, ainsi que TikTok et YouTube, devenues des outils incontournables de communication, d’activité économique et de participation citoyenne.

Depuis plusieurs années, le numérique s’est affirmé au Gabon comme un vecteur essentiel pour accéder à l’information, stimuler l’activité économique et favoriser l’engagement citoyen. Selon le Global Digital Report 2026, plus de 850 000 Gabonais sont actifs sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, dans un pays de plus de 2 millions d’habitants. Ces chiffres montrent que le débat public, les échanges sociaux et les mobilisations citoyennes se déroulent désormais en grande partie dans l’espace numérique.

Par ailleurs, l’économie numérique, constitue une source essentielle de revenus pour des milliers de jeunes entrepreneurs, commerçants en ligne, créateurs de contenus, développeurs et médias indépendants. La suspension des plateformes entraîne un arrêt brutal de ces activités, avec des conséquences économiques immédiates, dans un climat déjà fragilisé par des tensions sociales et des revendications sectorielles persistantes.

AfricTivistes rappelle que si la régulation du numérique est légitime et nécessaire, elle ne saurait justifier une coupure généralisée des plateformes numériques, en violation des principes de nécessité, de proportionnalité et de légalité consacrés par les instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits humains, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. La liberté d’expression ne peut être conditionnée à des mesures collectives qui pénalisent l’ensemble des citoyens pour des abus isolés. Les restrictions massives à l’accès aux réseaux sociaux constituent des atteintes directes aux droits fondamentaux, à la participation citoyenne et au travail des journalistes, tout en affaiblissant la vitalité démocratique.

Cette décision intervient dans un contexte politique particulier. Le président Brice Oligui Nguema est arrivé au pouvoir en 2023 à la suite d’un coup d’État, avant d’être élu en 2025 avec 94,75 % des suffrages exprimés, sur la promesse de « redresser le pays » et d’améliorer les conditions de vie des Gabonais. Depuis le début de l’année, les autorités font face à des contestations sociales dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur et de l’audiovisuel public, autour de revendications liées aux salaires et à la dégradation des conditions de travail. Restreindre l’espace numérique dans ce contexte ne peut qu’exacerber la défiance, renforcer la précarité économique et affaiblir le dialogue social.

En conséquence, AfricTivistes demande la levée de la suspension des réseaux sociaux. Nous appellons les autorités à privilégier des mécanismes de régulation ciblés, transparents et conformes aux standards internationaux en matière de gouvernance du numérique. La lutte contre la désinformation et les discours de haine ne saurait servir de prétexte systématique à la restriction arbitraire des libertés fondamentales.

Dans un autre registre, nous invitons les organisations de la société civile, les acteurs économiques et les partenaires du Gabon à se mobiliser pour défendre un internet libre, ouvert, accessible et sécurisé.

La stabilité et la cohésion sociale ne se construisent ni par la censure ni par la suspension des espaces d’expression, mais par le dialogue, la transparence et le respect des droits. AfricTivistes réaffirme son engagement indéfectible en faveur de la défense des libertés numériques, de la protection de l’espace civique et du renforcement de la démocratie sur le continent africain.

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